Une découverte surprenante

L’eau des glaciers a le pouvoir d’absorber le CO2, selon des chercheurs

Un village sur la côte derrière une étendue d’eau à moitié gelée.

Tuktoyaktuk se situe sur les terres des Inuvialuits, au bord de l’océan Arctique.

Noémie MoukandaPublié le 26 octobre 2019

Des chercheurs canadiens et de la NASA ont trouvé que les eaux des glaciers absorbent 40 fois plus de dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre, que la forêt amazonienne, mais redoutent le jour où ces eaux se réchaufferaient.

La découverte peut paraître surprenante, car elle va à l’encontre des observations faites jusqu’à présent dans les rivières des zones tempérées ou tropicales. En général, les espèces qui évoluent dans ces rivières (poissons et plantes) libèrent du dioxyde de carbone dans l’atmosphère en se décomposant. Par conséquent, ces rivières d’eau douce émettent davantage de gaz carbonique qu’elles n’en captent.

On était surpris parce que d’habitude les rivières sont des sources de CO2 dans l’atmosphère. Kyra St. Pierre, chercheuse postdoctorale à l’UBC et coauteure de l’étude

Or, l’eau des rivières et des lacs alimentés par les glaciers diffère considérablement de celle des bassins non glaciaires. L’eau provenant des glaciers contient peu de matières organiques et c’est la décomposition de ces matières qui est responsable de la production de CO2.

Il y a de grandes quantités de sédiments finement broyés qui sont créés par l’avancée et la retraite naturelle des glaciers.Kyra St. Pierre, chercheuse postdoctorale à l’UBC et coauteure de l’étude

Des puits de gaz carbonique

Mais, Kyra St. Pierre, chercheuse postdoctorale à l’Université de la Colombie-Britannique et coauteure de l’étude, explique que lorsque les glaciers fondent, l’eau libérée entraîne ces sédiments dans les rivières. Et la réaction entre les sédiments, les gaz qui sont dissous de l’atmosphère, et l’eau elle-même contrôle le processus, ajoute-t-elle.

C’est à ce moment-là que les particules de dioxyde de carbone sont absorbées par les sédiments des rivières en aval des glaciers faisant de ces dernières des pièges de CO2. Ces rivières très froides et leurs dépôts glaciaires sont des environnements peu favorables pour les poissons et les plantes aquatiques.

Avec une capacité d’absorption du gaz carbonique 40 fois plus élevée que la forêt amazonienne, ces rivières peuvent retenir le dioxyde de carbone sur 42 kilomètres en aval du glacier. L’étudiante au postdoctorat dit avoir observé que quand l’eau de ces rivières se transforme en lac celui-ci devient également un puits de carbone.

Les bassins versants étudiés se trouvent majoritairement dans l’Extrême-Arctique canadien, près de l’île d’Ellesmere, dans le territoire du Nunavut.

Cette étude démontre, selon Kyra St. Pierre, que toutes les rivières ne fonctionnent pas de la même manière, contrairement aux croyances universelles. Et dans la lutte contre les changements climatiques qui s’intensifie, elle se révèle importante. Car, selon la chercheuse, il faut prendre des mesures pour préserver l’eau en aval des glaciers.

Nous vivons dans l’Ouest canadien, et ailleurs au pays, nous avons un contact quotidien avec les eaux glaciaires sans nous en rendre compte. Nous risquons de perdre cette ressource sans comprendre les bénéfices que nous en tirons.Kyra St. Pierre, chercheuse postdoctorale à l’UBC et coauteure de l’étude

Une découverte qui n’est pas vraiment une bonne nouvelle

Cependant, Kyra St. Pierre avoue que cette trouvaille n’est pas vraiment une bonne nouvelle dans le sens où ces puits de carbone se forment à court terme. Par ailleurs, ces rivières et lacs deviennent des bombes à retardement qui libéreront leur dioxyde de carbone lorsqu’ils vont se réchauffer.

[Avec le réchauffement] on peut s’attendre à ce qu’il y ait plus de décomposition de matières organiques, affirme la chercheuse. Ce qui veut dire qu’un taux plus important de CO2 sera relâché dans l’atmosphère.

C’est grâce au climat qu’il n’y a pas beaucoup d’organismes qui peuvent vivre dans ces régions arctiques, dans les bassins versants glaciaires. Kyra St. Pierre, chercheuse postdoctorale à l’UBC et coauteure de l’étude

Dès lors, la décomposition de matières organiques qui favorise la production de ce gaz à effet de serre ne se produit pas dans ces milieux. Mais lorsque les conditions vont se réchauffer, la situation sera bien différente. Et l’on sait que tôt ou tard ces rivières glaciaires vont se réchauffer comme celles des zones tempérées. Et puisque ces rivières glaciaires, aux quatre coins de la planète, couvrent une surface plus petite que la forêt amazonienne, leur impact positif est par conséquent moins important que celui de l’Amazonie.

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